Qu’est ce que l’économie du changement climatique ?

chaleur-terreÀ quelques mois de la conférence sur le climat qui se tiendra en décembre à Copenhague et qui doit aboutir à un nouvel accord mondial contre le changement climatique pour la période post-2012 (après l’expiration du protocole de Kyoto), les enjeux de l’économie du changement climatique reviennent sur le devant de la scène.

L’évolution du climat attribuée aux émissions de gaz à effet de serre (GES) engendrées par les activités humaines provoque des dérèglements climatiques croissants, porteurs de risques pour toute la planète : réchauffement global, phénomènes de sécheresse et désertification, retrait des glaciers, déplacement vers les pôles de l’habitat d’un certain nombre d’espèces animales et végétales, régression de populations végétales et animales…
L’économie du changement climatique concerne les instruments économiques qui peuvent être mobilisés pour lutter contre le réchauffement de la planète et limiter ses conséquences sur nos sociétés. Les politiques économiques de lutte contre le changement climatique se concentrent sur deux types d’actions : la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation de nos sociétés au changement climatique. S’il n’est pas possible d’éviter le changement climatique qui se produira au cours des deux ou trois prochaines décennies, l’adoption de mesures destinées à réduire son ampleur et à renforcer nos facultés d’adaptation, en minimisant leurs coûts, est essentielle.

La communauté internationale a créé un cadre pour la réduction des émissions de GES, qui contraint les principaux émetteurs des pays développés et organise des mécanismes d’échanges de crédits d’émission, de façon à ce que les réductions soient faites là où elles ont le plus faible coût économique. Un prix du CO2 existe désormais à l’échelle mondiale, incitation fondamentale pour faire évoluer les comportements des acteurs économiques publics et privés et anticipation des régulations à venir. Instrument au service de régulations complexes, ce marché encore émergent est indispensable pour rendre effective la réduction des émissions de GES.

Outils au service de politiques fixant des plafonds d’émissions de carbone aux Etats ou aux industriels, ou d’engagements volontaires dans certains cas, les mécanismes d’échange mis en place permettent aux acteurs concernés de réaliser un arbitrage économique entre réductions internes des émissions et vente ou achat de quotas ou de crédits. L’incitation à réduire, proportionnelle au coût de l’émission de GES, dépend d’abord du régulateur politique, qui peut augmenter la contrainte sur les émissions en abaissant le plafond des émissions autorisées.

Mais il faut, en complément, des acteurs pour structurer ce marché émergent. Des investisseurs institutionnels tels que la Caisse des Dépôts, la BEI et d’autres, en contribuant au financement de projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre grâce à la création de fonds spécialisés ou en appuyant la création d’opérateurs compétents et sérieux, donnent un signal fort sur la valorisation des crédits carbone à long terme, donc à l’existence d’un coût de la tonne de carbone émise qui vient modifier les modèles économiques des entreprises.

Ces investissements dans des actifs carbone, qui vérifient les conditions de risque et de rentabilité conformes aux pratiques d’investisseurs socialement responsables, contribuent ainsi à accélérer la transition vers un mode de croissance plus durable et une économie moins émettrice de carbone. Malgré les incertitudes et les limites de ce nouveau domaine à l’intersection de l’environnement et de la finance, les institutionnels concernés ont fait ainsi le choix de s’engager dans une logique d’appui aux démarches nationales et européennes de la lutte contre le changement climatique.

Jean-Pierre Sicard - Directeur CDC Climat

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