L’age adulte de la mondialisation : redonnons du sens à la finance
D’une crise financière à une finance responsable…
La crise nous aurait-elle fait grandir ?
Et si la crise nous avait tous fait mûrir : des Etats souverains aux instances internationales, des grands institutionnels à la clientèle des particuliers ? Pour les premiers, nous constatons en effet que les plans de relance font resurgir la puissance publique comme garante de l’intérêt général en plaçant les enjeux ISR, notamment liés à l’environnement et à l’emploi au cœur des dispositifs. Parallèlement, le nouveau visage de la gouvernance mondiale, dont le passage du G7 au G20 constitue un symbole historique, reflète enfin le poids croissant des pays émergent. Enfin, les investisseurs institutionnels et les particuliers sont revenus au « back to basics » : primauté à l’allocation stratégique et prise en compte des horizons de placement.
Ce séisme financier planétaire marquerait-il ainsi le début de l’âge adulte de la mondialisation ? Il ne tient qu’à nous de le décider. Ses caractéristiques : des entrepreneurs au service d’une économie positive, concept si bien développée par Becitizen et une sphère financière à sa «vraie» place : au service d’un développement durable. Un objectif : redonner du sens à la finance pour répondre aux enjeux du XXIème siècle : changement climatique, défis démographiques etc
Un doux rêve ?
La prise de conscience de notre interdépendance semble effective. Un nouveau capitalisme fondé sur des logiques de long terme pourrait voir le jour, s’il est soutenu par une sphère financière responsable. Est-ce une utopie ?
Les chiffres nous prouvent le contraire et cela depuis déjà quelques années …. Le marché européen de l’ISR dans la gestion d’actifs représentent d’ores et déjà 2,7 Trn € en Europe, soit 19,5%* du marché de la gestion d’actifs européenne et sa progression relative est impressionnante. *(même si cela englobe les fonds ISR au sens large notamment les fonds thématiques). Or ce marché est en forte croissance : à fin février 2009, sa collecte a déjà dépassé de 50% la collecte ISR de l’année 2008. Elle représente ainsi aujourd’hui environ 12% de la collecte du marché européen (source : Données Lipper- Feri).
Des signes positifs et quelques interrogations
Le marché de l’ISR reste globalement dominé par les investisseurs institutionnels, qui ont été les moteurs de son développement particulièrement sur les marchés hollandais, anglais et norvégiens. Parmi les principaux acteurs, nous pouvons citer les Fonds de pension publics et privés : Norwegian Pension Fund, PGGM et ABP aux Pays Bas, FRR et ERAFP en France, de grands Assureurs, des nombreuses Mutuelles, les Institutions religieuses et organismes de charité, les ONG & associations mais aussi les Autorités publiques comme quelques Universités.
Deux nouvelles tendances se détachent aujourd’hui. Tout d’abord, la croissance de l’investissement ISR auprès des HNWI, qui s’accroit rapidement depuis 2008, notamment du fait d’une nouvelle génération d’investisseurs plus sensibles aux critères ESG.
Par ailleurs, la résistance des encours des clients ISR par rapport à la versatilité des clients standards. A titre d’exemple, alors que les fonds actions européens ont subi une décollecte de plus 2,8 milliards d’euros en net depuis le début de l’année 2009, les fonds ISR européens ont enregistré des souscriptions nettes supérieures à 600 millions d’euros (source Responsible Investor données Lipper Feri).
Quelques interrogations subsistent cependant :
- si les plus grandes sociétés de gestion font de l’ISR un axe stratégique, elles ne s’en donnent pas les moyens : les équipes de recherche sont souvent ultra réduites et la diffusion du message très faible au niveau des gérants classiques,
- les agences de notation spécialisées sont elles confrontées à la jeunesse de leurs équipes et auraient intérêt à recruter des analystes senior pouvant concilier les aspects extra-financiers aux analyses classiques pour en déterminer l’impact,
- les brokers enfin ont un vrai déficit en terme de couverture tant sur les small et mid caps que sur les pays émergents.
Un enjeu, le lien intergénérationnel
Un enjeu : la diffusion de cette approche complexe à la clientèle des particuliers. Pour cela, seule la volonté des réseaux bancaires peut faire la différence avec un référencement des offres ISR dans les cœurs des gammes et surtout dans les contrats d’assurance vie. Les banques ont à leur disposition de nombreux outils : modules d’e-learning ludiques pour les conseilleurs, questionnaires pédagogiques pour les clients et pourraient ainsi profiter de l’occasion pour sortir de la crise par le haut. L’Italie a ouvert le chemin en Europe, comme la Belgique, qui avec une offre simple et efficace notamment via des fonds garantis colle à la demande de sécurisation de l’épargne long terme. Un autre levier pourrait être actionné : celui du lien intergénérationnel avec des retraités souhaitant donner du sens à leur épargne et des petits-enfants à financer…
Maud Louvrier-Clerc.
Spécialiste en gestion d’actifs (12 ans d’expérience) et plus spécifiquement dans l’ISR en France comme à l’international. Elle est ainsi à l’origine de la création de nombreux produits financiers ISR tant actions qu’obligataires et ce pour une clientèle institutionnelle ou de particuliers. Enseignante à l’EGE, module Finance et Intelligence Economique, elle voit dans le développement de la finance responsable un levier de croissance et de rééquilibrage mondial. Elle est également responsable de la recherche au sein de l’association « Finance for Entrepreneurs » dont l’objectif est le développement de la recherche sur le facteur humain en capital investissement.
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