Trois questions à la dame dans la cabine

Les conférences, elle les voit depuis une cabine sur le côté de la salle. Gabriela Chadie est l’une des interprètes qui traduisent en temps réel les prises de parole dans votre casque. Aussi à l’aise en français, en anglais ou en espagnol, Gabriela, 31 ans, est sollicitée par le World Forum pour la troisième fois.

gabriela

Quelle est la formation pour devenir interprète de conférence?

J’ai fait un bac L, puis validé une licence d’anglais. J’ai vécu une année en Espagne. Ensuite je suis entrée à l’ISIT (école d’interprétariat en trois ans), en section traduction, et j’ai terminé par un troisième cycle “interprétation de conférence”. Je travaille depuis 2006 en freelance, comme 90% des interprètes [les autres sont dans les organisations internationales, ndlr]. Cette profession n’est pas protégée, alors certains s’improvisent interprètes. Mais il ne suffit pas d’être bilingue, il faut aussi maîtriser les techniques d’interprétation consécutive (prendre des notes et parler ensuite) et d’interprétation simultanée (traduire en temps réel dans une cabine insonorisée).

Quelles sont ces techniques?

La prise de notes d’abord : chacun a la sienne pour l’interprétation consécutive. Je suis incapable de parler à partir de notes prises par quelqu’un d’autre. Une fois que cela est maîtrisé, on apprend à écouter et parler en même temps. Au début, on le fait dans la même langue : il faut alors répéter l’idée avec d’autres mots. C’est important pour analyser le message, car on ne fait pas que dire des mots. On transmet aussi l’intonation, les hésitations.

Après, il y a le travail en amont pour intégrer les termes techniques. Pour un jour de conférence, c’est souvent trois jours de préparation à la maison. Il y a deux semaines, je traduisais une formation sur les tuiles de toit en terre cuite : j’ai dû me renseigner sur les matériaux, les processus de fabrication… Il faut absoluement comprendre avant de pouvoir interpréter.

Quel est l’aspect le plus difficile de votre métier?

Savoir s’adapter à tout type de situation, très rapidement, passer d’une langue à l’autre, gérer le stress, ne pas se laisser désarçonner par un mot ou un accent que l’on ne comprend pas. Je voyage beaucoup, ce n’est pas toujours évident de combiner travail et vie de famille. Quand je rentre chez moi après une journée de conférence, je n’ai plus envie de parler. Juste de regarder un programme bête à la télé!

Le plus dur dans l’interprétation simultanée reste de se concentrer longtemps. On ne peut pas traduire plus de 30 minutes, 20 quand c’est technique ou que le débat est vif. On est toujours à deux dans la cabine pour s’aider : le collègue note sur une feuille les chiffres et les noms propres au fur et à mesure. On sort s’aérer le cerveau régulièrement. Sinon on commence à dire n’importe quoi alors qu’on n’a pas droit à l’erreur. Celui qui nous écoute, on doit le prendre par la main et plus le lâcher.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’association internationale des interprètes de conférence.

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