Toyota : la discipline japonaise à l’épreuve de la France
Quand il s’approche du pupitre, le public dégaine son casque comme un seul homme pour pouvoir suivre la traduction. Inutile. Seiichiro Adaichi parle impeccablement français. Le directeur général de Toyota, à la tête du département automobile, a dirigé la filière française du constructeur pendant de nombreuses années, et a ouvert le site de Valenciennes au début des années 2000.
Seiichiro Adaichi raconte à un auditoire déjà conquis son arrivée dans le Nord, qui n’est pas sans rappeler un célèbre film. « J’ai pris la voiture depuis Roissy pour Valenciennes. Il s’est mis à pleuvoir très fort … » Et d’évoquer son installation à Marcq en Baroeul (« Bruno Bonduelle [le président de la Chambre de Commerce de Lille] était mon voisin ! »), ou l’accueil local (« Perdu dans Valenciennes, un homme m’a accompagné à la gare, tandis qu’un autre m’a prêté une carte téléphonique pour que je puisse appeler. Ça m’a beaucoup touché. »)
Son défi sera d’importer le management japonais en France. « Nous avons choisi Valenciennes à cause de son implantation géographique, mais surtout parce que les gens de la région savent travailler en groupe. » Au Japon, le collectif prime sur l’individu, ce qui a de nombreuses implications sur la manière de travailler :
« La règle tacite, c’est que tous les individus travaillent au bénéfice de l’entreprise. Si elle se porte bien, cela apportera de l’emploi. Donc tout le monde travaille très dur, car les employés ont une vision à long terme. Quitte à ne pas en récolter les fruits immédiatement. »
Un exemple ? Les mutations. « Les Japonais acceptent de bouger pour suivre leurs entreprises, même s’ils doivent faire 2000 km. Ils ne refuseront jamais. J’ai été muté huit fois ; c’est comme ça que je me suis retrouvé en France ! » Une habitude qui est mal passée chez nous.
Suite à son implantation à Valenciennes, Toyota France décide de quitter le port de Cherbourg, où il était présent depuis 1972. Les activités portuaires sont transférées à Zeebruge, en Belgique, tandis que les pièces détachées partent au Pouzin, en Ardèche. Seiichiro Adaichi veut convaincre ses employés cherbourgeois de partir dans le Centre. « J’ai affrété un avion privé pour qu’ils puissent visiter le futur site. Cinquante-six employés ont fait le voyage, mais seuls huit ont accepté de partir. » Conséquence, une réputation de « créateur de chômage ». « Alors que quand je suis arrivée à Valenciennes, on m’appelait le créateur d’emploi … » sourit-il.
Seiichiro Adaichi, retourné depuis au Japon, est conscient des différences culturelles entre son pays et l’Occident. Mais il estime que son modèle est le bon. « Un Premier ministre français avait dit un jour que les Japonais étaient des fourmis. C’est vrai. Mais ça donne des résultats. »
Chloé Woitier (Photo Isabelle Raynaud)
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