Les patrons japonais moins cupides que les autres

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En octobre 2008, le président du fabriquant japonais de semi-conducteurs Epilda Memory, Yukio Sakamoto, a décidé de travailler gratuitement pendant deux mois, puis de réduire son salaire de moitié jusqu’à ce que la situation économique de son groupe se redresse. Un cas isolé ? Pas vraiment.

Le président de Japan Airlines, Haruka Nishimatsu, a baissé son salaire en même temps que celui de ses employés « pour partager leur peine ». Depuis 2007 il gagne 70 000€, moins qu’un pilote de ligne de sa compagnie (100 000€). La chaîne américaine CNN lui a consacré un portrait qui a fait grand bruit, alors qu’au même moment, les patrons des constructeurs automobiles américains réclamaient une aide à Washington … en jet privé.

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Un patron qui vient au bureau en bus, mange avec ses employés à la cantine, et travaille en open space, alors qu’il dirige la 10e compagnie aérienne mondiale … Difficile à imaginer de ce côté-ci du globe. Seiichiro Adaichi, l’ancien président  de Toyota France et actuel patron de la branche automobile du constructeur, explique avoir importé ces méthodes dans notre pays. « La première chose que j’ai fait à mon arrivée à Paris a été de casser les murs de mon bureau pour travailler au milieu de tout le monde ».

Le salaire d’un PDG japonais est en moyenne dix fois plus élevé que celui de ses employés, contre 180 fois pour un PDG américain… et 240 fois pour une entreprise du CAC40. Comment expliquer de telles différences ? Pour Kimihiko Nagata, consultant en stratégie et organisation, un poste de haut niveau n’est pas réservé aux catégories sociales les plus favorisées :

« Au Japon, être patron n’est pas lié à la naissance. Généralement, le patron a commencé au bas de l’échelle, et l’a monté progressivement. Sa motivation, c’est le statut social, pas l’argent. »

Autre élément d’explication, la mentalité japonaise. « Au Japon, le collectif prime sur l’individu. On loue la modestie, l’esprit de sacrifice au profit de la collectivité. Il est très mal vu de ne penser qu’à son intérêt personnel … La société coupe toutes les têtes qui dépassent. » Par conséquent, un PDG ne s’octroiera pas une rémunération surdimensionnée, et n’hésitera pas à sacrifier son salaire pour le bien de sa société.

Et pas besoin d’être en période de crise pour faire preuve de générosité. En mai 2008, le fondateur du groupe de distribution Seven & I Holding a fait un don de 6 milliards de yen (40 millions d’euros), puisé dans son propre portefeuille d’actions, à 5000 cadres … pour les remercier d’avoir contribué au développement de l’entreprise.

Chloé Woitier

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